Annabelle Godeau

Je conçois la peinture comme un laboratoire de recherche sur la manière dont nous nous racontons nous même. L'identité ou l'idée d’être fidèle à "soi même" et à ses "racines", est une notion qui ne cesse pourtant de se dérober dés lors que l'on voudrait s'en saisir. C'est pourtant un questionnement qui nourrit ma peinture, me menant à télescoper des images aussi bien issues de manuel de danse ou de publicités pour produits capillaires, que des captures d'écran de comédies musicales ou encore des photographies personnelles.

Cet assemblage de peintures se trouve être le fruit de détours et de hasards, bien souvent de retrouvailles spontanées. De ces sources diverses, j'extrais des slogans que je n'hésite pas à tronquer ainsi que des schémas énigmatiques; je coupe, re-coupe et saisis des morceaux qui me paraissent porteurs de sens, isolant des instants qui n'ont pas vocation à être contemplés; j'utilise des images de basse qualité pour réaliser des portraits princiers anonymes, dont je peins le visage avec les mêmes gestes qu'ils auront utilisés pour recouvrir leurs peaux ou leurs masques.

C'est la représentation de la réalisation du soi qui se trouve être le fil conducteur de ces peintures : la manière dont, à travers des marqueurs comme la danse, la coiffure ou ce que l'on met sur son visage, on chorégraphie, on se met en scène soi même. Ces questions vont, pour moi, de pair avec la peinture qui est elle même un medium rituel qui demande de suivre certaines règles dans un certain ordre; elle est aussi une pratique de la mise en scène, la toile vierge permettant une liberté totale de composition.