Julien Laporte

« Il m’est difficile de parler de ma peinture, car elle est toujours née dans un état d’hallucination, provoqué par un choc quelconque, objectif ou subjectif, et duquel je suis entièrement irresponsable. » 

 

Joan Miró, « Déclaration », décembre 1933

 

 

 

À l’image de Miró, dont la peinture semble être la trace d’un choc survenu à son insu, je peins des images dérobées à ma mémoire, et presque inconnues de ma conscience.

 

 

    Ma peinture parvient à me faire voyager dans le temps. Je suis en quête d’une émotion qui naîtra d’une phrase musicale, d’une conversation ou d’une observation visuelle qui me transportent dans mon histoire. Les souvenirs sont comme des morceaux de mémoires mouvants; images idéales empruntes de nostalgie ou de bien être. Ces instants de vie, de bonheur, de partage, je les rends à la vie à travers ma peinture. Je suis à l’écoute, en tant que spectateur de mes émotions, et je deviens acteur en les peignant.

 

    Ma peinture: frontale, instinctive, brutale se doit d’être rapide. Je peins très vite. Cette rapidité est due à la sensation éphémère du souvenir que je me dépêche de saisir avant qu’il ne s’évapore, comme un rêve qu’on essaye de retenir avant qu’il ne s’efface ; l’image, comme un flash, ne reste pas longtemps et s’estompe. Je dois faire vite, et garder le moment intact. Il n’y a pas de remise en question, pas de retouche. Je peins d’un seul jet et une fois terminé, le tableau ne sera pas retouché. Il va rester tel quel, au plus près de mon image-souvenir.

 

    Dans ma peinture, je cherche à retranscrire un vécu et pas un déjà-vu, une émotion identifiable par tous. Tout spectateur de mes toiles peut reconnaître cet endroit, cette plage, ces arbres, cette maison. En fait, mon but est qu’il devienne lui-même spectateur de ses émotions, qu’il identifie en se projetant dans un décor qui lui est familier émotionnellement sans pour autant le reconnaître visuellement. Les émotions viennent du cœur. La voie du cœur est originelle et universelle, elle n’est pas corrompue. Lorsque l’on est à l’écoute, elle est lumineuse et intense, naturelle, d’une simplicité déconcertante. J’utilise donc des couleurs lumineuses et intenses. Les couleurs que j’emploie sont brutes et solaires.

 

    Aujourd’hui, nous sommes parasités par des images chocs au quotidien ; informations télévisées, publicités etc…et nous ne pouvons faire autrement que d’être passifs, de les absorber et elles nous submergent. Je cherche un retour à la simplicité, que mes peintures soient lumineuses, qu’elles fassent appel à la participation du spectateur qui décide ou non de se les approprier en les reconnaissant.

 

    Je peins principalement des lieux, des objets, des personnages, des jardins, des maisons entourées de verdure ; des endroits que j’ai vus, rêvés, que j’ai traversés ; des personnes que j’ai rencontrées, contemplées, désirées. J’utilise des supports que j’ai trouvés, que je recycle que je réutilise. Ils sont empreints d’une histoire, comme des morceaux de bois avec leurs sillons, leurs veinages, leurs chocs. En les peignant, je crée ma propre histoire avec ce que l’on nous a légué.